Ne pas se fier aux apparences !
En croisant l’affiche de ce film, je me suis dit que c’était encore un bon nanar pseudo scientifique. Des sommités comme The Core m’avaient vraiment bien refroidi. C’est donc en premier lieu la perspective de rire un bon coup des invraisemblances qui m’a poussé à aller voir Sunshine.
Je me suis tout de même dit, histoire de ne pas faire le mec borné, qu’étant réalisé par Danny Boyle, ce ne pouvait pas être foncièrement mauvais. La Plage, par exemple fut un peu décevant, mais avait de réelles qualités, en particulier concernant la photo.
Et franchement, je ne fus pas déçu par ce film, je dirais même que j’en suis ressorti enthousiaste, rêveur, conquis.
C’est que le scénario est bien conçu, surtout dans l’étude des personnages. Disons le tout net, il y a quand même quelques grosses invraisemblances physiques, à commencer par cette « réanimation » du Soleil par un effet nucléaire, mais franchement, ça passe au second plan. Alors pourquoi pardonner à Sunshine ce qu’on honnit pour The Core ?
Et bien premièrement parce que Danny Boyle, ou plutôt son scénariste Alex Garland, a très bien développé les personnalités des spationautes. Chacun a un rôle, et même si on devine un peu qui ira plus loin que les autres, on est surtout attentif à l’évolution de ce microcosme. Car en fait, un des intérêts du film est de voir comment se comportent des personnages coupés de toute référence, de tout commandement. Soumis à la pression, certains vont tenter de trouver des solutions, d’autres vont craquer, ne pas assumer leurs erreurs…
Ce qui est très appréciable dans cette observation – presque une étude sociologique ! – c’est que Boyle ne la traite pas de manière manichéenne : chaque personnage a des faiblesses, des doutes. Il ne nous les présente pas, l’un (le héros) tout beau, tout propre, 0 défaut ; et l’autre forcément le méchant crapuleux. L’intérêt n’étant pas de savoir qui avait raison, mais qui assumera le mieux ses positions. Chacun va se trouver devant des choix qui vont le mettre en porte-à-faux avec un ou plusieurs autres membres de l’équipage. Les tensions se font jour lentement, insidieusement, comme le pouvoir du film sur le spectateur.
Car si le rythme du film est plutôt lent (bien agrémenté de scènes d’action très bien orchestrées et assez réalistes – même s'il y a quelques énormes invraisemblances), nul ne devrait s’en plaindre. Quelques critiques l’ont comparé à 2001, Odyssée de l’Espace ; c’est peut-être un peu fort, mais le parallèle tient : le choix des musiques, la virtuosité avec laquelle Boyle filme les scènes spatiales, la beauté des images sont autant de flèches décochées au cœur du spectateur. On se laisse emporter dans un autre univers. Personnellement, j’ai eu vraiment l’impression d’être avec les personnages dans ce vaisseau, si près du soleil. D'ailleurs, les scènes d'observations du soleil par les membres de l'équipage, seuls ou en petits groupes, sont très communicatives. On est soi-même spectateur, impressionné par cette vision à la fois hypnotique et terrifiante. On pénètre ainsi un peu l'univers scientifique, on s'en rapproche, on en devient complice et disciple : foin des équations indéchiffrables! Les scientifiques ici sont à la fois des pointures dans leur spécialité, mais aussi de doux rêveurs poétiques subjugué par notre étoile.
La dimension poétique de l'histoire est saisissante, envoutante : en privilégiant ses personnages à l’action, Boyle nous convie à une intéressante réflexion sur nous-mêmes : à chaque grave décision, on ne peut s’empêche de se dire : « mais pourquoi il/elle a fait ça ?! » et tout de suite d’enchaîner en se murmurant : « et si j’avais été à sa place ? »
Un peu comme dans le cycle Les Mondes d’Aldébaran de Leo, on se rend compte que les différents points de vue se défendent : faut-il privilégier la mission ou aider de possibles survivants ? Doit-on faire le sacrifice de membres de l’équipage ou être solidaires et (peut-être) tous mourir ?
Sunshine est donc à regarder, au contraire d’autres films du genre, comme une sorte de conte spatial, philosophique. J’ai été vraiment sous le charme de ce film, des acteurs qui, sans être exceptionnels, sont crédibles et pas (trop) caricaturaux. On y reconnaîtra d’ailleurs la belle Michelle Yeoh, Chris Evans - la Torche des 4 Fantastiques qui montre bien mieux ici ses talents d’acteur - Cillian Murphy qui avait déjà travaillé avec Danny Boyle sur 28 jours après, ou encore Hiroyuki Sanada qu’on a pu voir dans les Ring ou, pour ceux de ma génération, dans San Ku Kai !
A signaler également : les effets spéciaux sont de qualité, et impressionneront même les plus difficiles. Les bourrasques de vent solaire sont magnifique et tel le capitaine Kaneda, on est hypnotisé par une telle beauté à la violence mortelle. Les scènes dans la chambre d’observation solaire sont également très fusionnelles avec le spectateur : par leur attitude, leur non dit, le simple regard que chacun porte sur notre étoile mourante pose la question : et si cela arrivait vraiment ?
Ayant toujours été attiré par l'espace, ma curiosité scientifique me poussait pendant le film à m'imaginer l'un d'eux, et pouvoir admirer de si près un spectacle aussi grandiose ; être conscient qu'on est le témoin de quelque chose d'unique. Il faudrait que des personnes totalement éloignées de la science me disent si elles ont ressenti ce même sentiment de vivre quelque chose de spécial et d'unique... J'ai trouvé ça vraiment très fort.
Sans le mettre sur la même marche que 2001, je crois que Sunshine est un des meilleurs films de SF de ces 20 ou 30 dernières années. On peut le regarder sous plusieurs angles : un rêve, un conte, une profonde réflexion sur Dieu et l'Homme, ou tout simplement comme un fabuleux voyage pour une destination qui ne l'est pas moins : Si vous voulez voir du vrai beau spectacle, embarquez à bord de l’ICARUS II.
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